Le mariage d’Andreï, veuf de quarante ans, et de Marina, trente-cinq ans, ressemblait à une aube tant attendue après une longue tempête. Pour Andreï, qui avait tragiquement perdu sa première épouse Olga un an plus tôt, ce jour n’était pas seulement une fête : c’était un pas timide vers un nouveau bonheur, une espérance patiemment arrachée à la douleur, une promesse de chaleur et de lumière. Marina, rayonnante dans sa robe immaculée, se sentait l’héroïne d’un conte de fées… même si, au fond d’elle, frémissait une peur glacée. Elle épousait un homme dont le passé était entouré de l’aura d’un amour parfait, et elle redoutait de rester à jamais l’ombre de celle qui l’avait précédée.
La salle du restaurant baignait dans le parfum des fleurs fraîches et la douceur des lustres de cristal. Les invités bavardaient, riaient, levaient leurs verres à la santé des mariés. Le maître de cérémonie, après une plaisanterie de plus, annonça solennellement :
— Et maintenant, la parole est à la personne qui a donné la vie à notre marié… sa maman, Lioudmila Petrovna !
Une femme élégante et impeccablement tenue s’avança lentement vers le micro : silhouette droite, coiffure parfaite, un rang de perles au cou. Son regard froid glissa sur l’assemblée, ignorant volontairement le sourire chaleureux — quoique un peu nerveux — de sa belle-fille.
— Chers invités, Andreï, Marina, commença-t-elle d’une voix posée, bien travaillée. En un jour pareil, il est d’usage de parler de l’avenir. Mais je ne peux pas ne pas évoquer le passé. Celle qui fut un véritable trésor pour notre famille… Olga.
Marina se raidit ; ses doigts se crispèrent sur la tige de son verre jusqu’à lui faire mal. Elle et Andreï s’étaient pourtant mis d’accord : ne pas transformer le mariage en veillée du souvenir, laisser le chagrin au seuil de cette journée lumineuse. Mais sa belle-mère, visiblement, en avait décidé autrement.