Au début, votre père s'est contenté de vous fixer du regard.
Il se tenait sous le lustre en cristal du hall du Grand Mercer, vêtu du même costume gris qu'il portait aux funérailles de votre mère deux jours plus tôt, les mains jointes derrière le dos, comme s'il pensait que l'élégance pouvait être imposée par la force. Puis son regard se posa sur vous, et vous vîtes la reconnaissance se dessiner sur lui par bribes. D'abord une pause, puis un regard perçant, puis ce vieux demi-sourire qui, autrefois, vous donnait des frissons avant même qu'il n'ouvre la bouche.
« Regarde ça », dit-il en balayant du regard votre tailleur ivoire, vos talons, votre sac, votre posture. « La vie t’a enfin donné une leçon ? »
En une seule phrase, il a tenté de vous faire remonter le temps de vingt ans.